À petites gorgées : le micro-learning dans l’univers du vin

The English version of this article appears below.

Combien de regards éperdus, ébahis, éberlués ai-je vu, en salle de cours, face à la liste des Grands Crus de Bourgogne, au programme du WSET 3 ou la carte des vignobles d’Italie ! Il faut l’admettre : le cerveau humain renâcle à absorber des masses compactes, surtout en une seule fois.

Ajoutez à cela que l’apprentissage du vin, et c’est sa spécificité, mêle intimement la pratique (la dégustation) et la théorie (la connaissance des cépages, des terroirs et des méthodes d’élaboration). Je suis au milieu de ma dixième année académique et ma conviction est faite : le micro-learning n’est pas une tendance technologique mais une nécessité pour l’apprentissage profond et durable du vin.

La surcharge est une situation bien connue des enseignants et formateurs de ma spécialité. Le vin est un phénomène mondial et les régions viticoles se sont multipliées partout. Les cépages se comptent par milliers. La France, l’Espagne et l’Italie sont des bibliothèques d’appellations.

Et l’accumulation de connaissances est-elle la garantie d’une véritable compréhension du vin ? Aux têtes bien pleines, je préfère de loin les têtes bien faites.

Dans la conception de mes enseignements et de mes formations, je m’inspire beaucoup de l’esprit du micro-learning : un apprentissage fragmenté en sessions courtes traitant d’un thème précis. Au lieu d’étudier « La Bourgogne » pendant deux heures de suite, je préfère partir d’un cas concret : « comment expliquer la différence entre un Chablis et un Meursault ? ». Le verre à la main, bien sûr, et en 20 minutes.

Les sessions bien dosées respectent aussi la physiologie du goût, si monsieur Jean Anthelme Brillat-Savarin m’autorise à reprendre le titre de son admirable ouvrage. Mieux vaut une série de 6 vins analysés posément qu’une rangée de 25, dont les 8 derniers ne manqueront pas d’être survolés faute de temps. En matière d’apprentissage de la dégustation, la gestion du temps est cruciale. En imposant un calcul précis des micro-sessions, on dose mieux le temps consacré chaque vin.

Je dirais qu’il y a trois piliers à un apprentissage efficace :

– Une chose à la fois : « Le cabernet sauvignon en Californie », « Le Riesling en Moselle allemande», ça se suffit à soi-même.

– Ancrer la théorie dans la pratique et la pratique dans la théorie : on retient mieux un point théorique s’il est simultanément constaté dans un vin.

– La répétition espacée : revisiter une notion 48 heures, puis une semaine après sa première édition, est un gage de solidité et de durabilité.

J’en ai, en ce moment, un exemple flagrant dans ma refonte de L’Aromabook du Vin. Le livre, publié en 2021, avait la forme d’un dictionnaire de 150 arômes, classés par type : fruités, floraux, minéraux, etc. L’ouvrage est épuisé et certaines personnes m’ont exprimé leur regret de ne pas pouvoir se le procurer. Cela m’a décidée à le republier en format numérique sur Substack.

De fil en aiguille, j’en suis maintenant à concevoir un parcours complet d’apprentissage du vin : un thème réparti en deux courts articles par semaine, un le jeudi, un le samedi. Le jeudi, on explore. Le samedi, on approfondit. Je craignais une déperdition d’audience entre les deux éditions : il n’en est rien, puisque le taux d’ouverture est le même, de l’ordre de 80 %.

Cela nous amène à un constat supplémentaire : le principe du micro-learning ne concerne pas que les personnes en situation d’apprentissage initial. La mise à jour des connaissances pour les professionnels peut s’organiser de la même manière. Les amateurs passionnés, eux, sont bien avisés , puisque leur loisir préféré se place dans les creux de leur emploi du temps, entre le travail, la vie de famille et un repos bien mérité. On ne peut que leur conseiller de continuer.

La connaissance du vin est une passion qui se savoure à petites gorgées. Vous aussi, vous en avez l’expérience ? Faites-la nous partager en commentant ce post. Ou rendez-vous sur Substack, sur les pages de L’Aromabook Augmenté : https://sandrineaudegond.substack.com/

À bientôt !


The Art of Sipping Knowledge: Why Micro-Learning is Essential for Mastering Wine

How many bewildered, wide-eyed, and utterly stunned expressions have I witnessed in the classroom, when faced with the list of Burgundy’s Grands Crus, the WSET Level 3 syllabus, or the map of Italian vineyards? Let us admit it: the human brain balks at absorbing dense masses of information, particularly in a single sitting. Compounding this is the specific nature of wine education, which intimately marries practice (tasting) with theory (knowledge of grape varieties, terroirs, and winemaking techniques). Now, midway through my tenth academic year, my conviction is absolute: micro-learning is not merely a technological trend; it is a necessity for the deep and lasting acquisition of wine knowledge.

Cognitive overload is a familiar plight for instructors and trainers in my field. Wine is a global phenomenon, and wine regions are multiplying everywhere. Grape varieties number in the thousands. France, Spain, and Italy are vast libraries of appellations.

But does the mere accumulation of knowledge guarantee a true understanding of wine? Far from « heads well filled, » I much prefer « heads well made. »

In designing my courses and training sessions, I draw heavily from micro-learning: an approach that fragments learning into short sessions, each addressing a precise theme. Rather than studying « Burgundy » for two consecutive hours, I prefer to start with a specific case: « How do we explain the difference between a Chablis and a Meursault? » Glass in hand, naturally, within twenty minutes.

Such well-calibrated sessions also respect the physiology of taste—if Monsieur Jean Anthelme Brillat-Savarin will forgive me for borrowing the title of his timeless work. It is far better to analyze a series of six wines thoughtfully than a flight of twenty-five, where the latter are inevitably rushed due to time constraints. In learning the art of tasting, time management is crucial. By imposing a precise structure of micro-sessions, we better allocate the time dedicated to tasting.

I would argue there are three pillars to effective teaching and training:

– One thing at a time: ’Cabernet Sauvignon in California’ or ‘Riesling in Germany’s Moselle’ stands sufficient on its own.

– Anchoring theory in practice, and practice in theory: A theoretical point is far better retained when it is simultaneously observed in the glass.

– Spaced repetition: Revisiting a concept 48 hours, and then one week after its initial introduction, makes it robust.

I currently have a flagrant example of this in my overhaul of L’Aromabook du Vin. Published in 2021, the book took the form of a dictionary of 150 aromas, classified by type: fruity, floral, mineral, and so on. The pages were punctuated by thematic selections, such as « the influence of aging » or « how to spot faults. » I have decided to republish it in digital format on Substack.

From there, I have begun conceiving a complete wine learning journey: one theme split into two short articles per week, published on Thursdays and Saturdays. The Saturday edition always includes a synthesis of the concepts covered the previous Thursday, complemented by a detailed selection of three aromas. The format appears to resonate with its audience: the article open rate hovers around 80%, a figure that, according to a specialist I consulted, is superior to the genre average. (I am afraid the book is not- or not yet- available in English).

This leads us to an additional observation: the principle of micro-learning applies not only to those in initial training. Updating knowledge for professionals can be organized in the same manner. As for passionate amateurs, they are well-advised to proceed similarly: an article here, a weekend in the vineyard there, and the job is done. We can only encourage them to continue.

Knowledge of wine is a passion to be savored in small sips. Do you share this experience? We invite you to share your thoughts in the comments below,  or visit L’Aromaboook Augmenté on Substack: https://sandrineaudegond.substack.com/.

See you soon!