Un courant électrique m’a parcouru toute la colonne vertébrale de haut en bas en lisant cet email du Comité des Vins de Bourgogne : « Nous avons le plaisir de vous inviter à participer à la dégustation de sélection des vins de Chablis et du Grand Auxerrois pour la Cave de Prestige 2026 de l’interprofession ». Wouaah !
Ce n’est pourtant pas la première fois qu’on me demande de participer à un jury. C’est que l’enjeu est de taille : la Cave de Prestige est la collection qui représentera la Bourgogne viticole en France et dans le Monde lors des événements organisés par le Comité interprofessionnel. L’heure n’est pas à la plaisanterie.
Pendant plus de six ans, j’ai travaillé pour le Domaine Laroche à Chablis et je l’ai vu de mes yeux : un seul vin représente des centaines d’heures de travail, parfois dans des conditions très difficiles. Quelle responsabilité de le juger en quelques minutes, assis sur une chaise, bien au chaud ! Inutile de vous dire que le « j’aime-j’aime pas » n’a pas sa place.
En l’occurrence, la dégustation se fait à l’aveugle ou presque : les jurés ont seulement connaissance de l’appellation d’origine et du millésime. Le briefing de l’organisateur est crucial car c’est grâce aux consignes que l’on peut prendre les bonnes décisions : il s’agit de trouver des vins représentatifs de leur origine et du meilleur niveau de qualité possible. C’est clair. Au travail.
L’ambiance est calme, les tables sont prêtes avec le matériel et les feuilles de notation. Nous sommes une trentaine de jurés, très motivés d’après ce que je ressens, répartis en tables de deux ou trois. Mon compagnon de table et moi, nous avons 19 bouteilles à goûter et noter. Les notes doivent être accompagnées de commentaires. Seuls les vins ayant atteint au moins 16/20 pourront aller en deuxième sélection.
Quand on goûte à l’aveugle, il faut être particulièrement vigilant à la méthode. Les vrais pros regoûtent toujours le premier vin en fin de session. On est toujours injuste avec celui-là car, inconsciemment, on s’en sert pour étalonner le palais et on a tendance à le juger avec sévérité. Cela fait partie des biais cognitifs qu’un professionnel connaît et corrige automatiquement.
Une fois la première sélection établie, on passe au super-jury : nous sommes moins nombreux et notre mission, cette fois, est de confirmer (ou pas) les vins retenus en première partie. Changement de table et de compagnons, et c’est reparti pour une volée de 15 vins. Cette deuxième partie est plus rythmée, puisqu’il ne faut que répondre à la question « oui ou non ». On pourrait penser que cela nuit au résultat; en fait, c’est plutôt l’inverse : on reste concentré et on ne se perd pas en tergiversations. Les dégustations trop longues, avec la fatigue, vous rendent trop indulgents ou trop sévères (selon votre caractère…).
Pendant tout le processus, je n’ai qu’une seule question à l’esprit : « ce vin est-il digne de représenter la Bourgogne? » En tant que formatrice accréditée du Comité, je suis amenée à parler de ces vins. Et je pense à mon futur auditoire, fait de journalistes, de sommeliers ou d’importateurs. Il faut que les vins leur parlent et leur fassent envie.
Mais un grand vin sort du lot tout seul, de la même manière que l’on remarque la beauté d’une personne inconnue dans la rue : elle vous saute aux yeux. Ici, c’est l’harmonie et l’intensité prises ensemble, la main de fer dans le gant de velours. On se dit alors que cela valait la peine de venir. Surtout si on recroise d’anciens collègues très appréciés !
Voilà, Mesdames et Messieurs, mission accomplie. La liste des vins sélectionnés sera publiée sur le site du Comité des Vins de Bourgogne. Je peux d’ores et déjà vous dire qu’il y aura des pépites !
Et moi, je vous donne rendez-vous sur mon substack Le Vin en Héritage pour partager mes conseils techniques de dégustation (lien en premier commentaire).
Si, vous aussi, vous avez une expérience de jury à nous raconter, cette newsletter vous est ouverte. Vous êtes ici chez vous.
Cheers to great wine !
